Trois scientifiques: Pascal Mensah, Stéphane Odasso et Jean-Michel Wendling (spécialiste de la prévention en santé au travail et consultant info-dujour) démontrent ici magistralement que le coronavirus peut se transmettre essentiellement par bonds sur le verre et l’assiette lors des repas. Mais aussi par les mains. Ils expliquent également comment vous en protéger. Entretien croisé.

Stéphane Odasso, pourquoi à votre avis la broche est-elle un risque élevé avec un repas opposé?

DONC: Nous savons que le SRAS-CoV-2 peut être présent dans la salive, les gouttes et les aérosols qui sont expirés en parlant, en toussant, en éternuant et même en chantant. Le postillon est de taille millimétrique, tandis que les gouttelettes et les aérosols sont microscopiques, autour d’une valeur seuil généralement acceptée de 5 microns, les aérosols étant inférieurs à 5 microns. (1). Les posticules sont éjectées de la bouche, de la salive, qui peut être chargée de virus (2): ainsi le risque d’infection par les posticules est fortement lié à la charge virale de la salive. Pour simplifier, plus la charge virale est élevée, plus le risque de dépassement du seuil d’infection proposé par certains auteurs, à savoir entre 100 et 1000 virions, est grand. Grâce à notre nouveau simulateur en ligne, nous pouvons évaluer le risque théorique en fonction de la charge virale présente dans la salive: pour une broche d’un diamètre de 1 mm et une charge virale moyenne de 3,3 106 copies de virus par ml, on obtient environ 1700 exemplaires présents en une seule broche, ce qui est bien supérieur au seuil d’infectivité théorique. Il est donc tout à fait compréhensible qu’une seule broche envoyée sur une assiette et mise en bouche pose un danger notoire pour un hôte qui reçoit assis à une table. Chez un patient avec une charge virale élevée (3,3 108 copies / ml), on obtient environ 170 000 copies du virus, au moins 200 fois au-dessus du seuil théorique!

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Des simulations sont-elles disponibles pour comprendre ce risque à la table?

DONC: Une étude japonaise de l’Université de Riken / Kobe a utilisé le supercalculateur Fugaku (le plus rapide au monde) pour visualiser le risque de transfert de gouttelettes entre 4 personnes à table. Lors d’un repas, l’émetteur peut pulvériser en parlant à côté et devant lui, dans l’assiette et plus loin au centre de la table, là où se trouvent les assiettes, les couverts, etc.

Compte tenu de la trajectoire et du sort de la salive, une fois expulsée par la bouche, la salive étant plus lourde, elles sont sensibles à la gravité et ne voyagent pas à plus de 1 ou 2 mètres de distance, alors que les aérosols restent beaucoup moins riches en virions, ils restent en suspension dans l’air avec des temps plus longs. La vidéo de simulation illustre cette nette différence de comportement balistique entre les gouttelettes tombant dans des verres ou des plats (gouttelettes jaunes très riches en virions) et les aérosols (particules bleues à très faible teneur en virions).

Simulation du supercalculateur Fugaku sur la transmission d'aérosol lors d'un repas entre 4 invités opposés - Crédit: nbcwashington.com
Simulation du supercalculateur Fugaku sur la transmission d’aérosol lors d’un repas entre 4 invités opposés – Crédit: nbcwashington.com

Il est donc compréhensible que les voisins de table en face ou à côté du canal courent un risque élevé de contracter le covid-19 lors d’un repas dans un restaurant.

Jean-Michel Wendling, pouvez-vous nous donner quelques exemples où les repas ou boissons partagés peuvent être considérés comme une source de contamination?

JMW: Oui, bien sûr, il y en a beaucoup: un cluster bien documenté a eu lieu, par exemple, en février lors d’un dîner dans la commune de Capannori dans une salle de 70 m² (Lucca), Italie. Trois invités venus de la région de Milan dans les 14 jours précédant le dîner étaient symptomatiques de ce repas (toux). Sur les 49 participants, 26 personnes ont développé un ou plusieurs symptômes. Trois sujets ont été hospitalisés et traités et un est décédé. Les invités se sont assis autour de 5 tables et ont échangé leurs places le soir (3) .

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De nombreux clusters avec des repas en commun ont été décrits dans la presse. En août, par exemple, 51 des 72 gendarmes de l’escadre mobile de gendarmerie de Tarbes ont été testés positifs quelques jours après leur départ de Polynésie française. Le 31 juillet, on note l’organisation d’une soirée au restaurant «piment rouge» et le lundi 3 août, l’organisation d’un pot d’adieu qui selon les observateurs pourrait être à l’origine de la contamination au COVID-19. *

De nombreux mariages, anniversaires et autres événements familiaux ** où l’on mange et boit ensemble ont créé des pôles en France et à l’étranger entre juillet et octobre. Les exemples ne manquent pas et ils n’ont pas fait l’objet de publications scientifiques mais d’observations et de suivis documentés par l’ARS.

Et qu’en est-il dans un cadre professionnel, le repas peut-il aussi être impliqué?

JMW: En effet, nous avons l’exemple de l’emplacement de la plus grande usine d’abattage et de découpe d’Allemagne, Tönnies, à Rheda-Wiedenbrück (Rhénanie du Nord-Westphalie), où 1553 des 6000 employés ont été testés positifs au coronavirus. Une vidéo *** (54 sec) montre clairement une cantine bondée, d’immenses tables avec des ouvriers en veste de travail, sans la moindre distance physique. De plus, l’entreprise a embauché des travailleurs détachés …